CP+ 2018 Yokohama lauréats

Les lauréats des Editors Photo Awards du CP+ 2018

Le prix du public - Ra Shiki

Au milieu d’un monde inconnu
Ra Shiki vit dans le sud de la Chine.
En 2014, elle part faire ses études au Japon. Influencée, à son adolescence, par Nobuyoshi Araki et Daido Moriyama, elle commence à faire des photos en
2017. Autodidacte, elle capture l'instant avec délicatesse, en rupture avec un rendu au contraste vif.
Au milieu d'un monde inconnu
Elle a 5 ans. Elle est arrivée à Tokyo, il y a un mois.
C’est son premier voyage à l’étranger. Elle a peur mais elle est heureuse de pouvoir vivre avec ses parents adorés. Chinois, ils vivent et travaillent à Tokyo où la vie, chère, les avait contraints de la confier à sa grand-mère en Chine.
Je suis arrivée au Japon il y a 4 ans, sans parler japonais. Elle non plus ne parle pas un mot de japonais. Je comprends ce qu'elle ressent. Elle va à la crèche japonaise, il n’y a que des petits japonais autour d’elle. Un jour elle me dit : je ne veux pas aller à la crèche, je n’ai pas de copine, je ne parle pas japonais. C’est une enfant active, elle parle beaucoup pendant la séance photo.
Elle essaie de jouer avec un petit japonais qui est à côté d’elle. Solitaire, perdue, au milieu d’une ville comme Tokyo où tout le monde court, où la vie passe à une vitesse incroyable. Elle n'est pas habituée à une grande cité, elle vivait dans un village ou rien ne se passe et où le temps s’écoule lentement. Pure et innocente, son visage montre son impuissance. Je tente de saisir le contraste entre son visage et celui des gens des quartiers de Shinjuku ou du Kabuki-Cho de Tokyo.
En Chine, beaucoup d'enfants attendent leurs parents qui travaillent à l’étranger. Cette petite fille en faisait partie il y a peu. Elle oscille entre la joie de pouvoir vivre avec ses parents et la peur de ne pas s'intégrer. Toutes ces émotions la font grandir.
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Cette petite fille solitaire et innocente est immergée dans le tumulte de Tokyo. Expressive, ses mimiques passent de l'inquiétude à l'amusement. La
photographe qui, comme elle, a quitté la Chine pour le Japon il y a quatre ans, se reconnaît en elle. Elle a capté le charme de la petite fille en dissonance avec
la brutalité et indiérence de la ville de Tokyo.
Derrière elle s’étend la réalité d'une Chine que des parents doivent quitter pour chercher du travail, causant la séparation des familles.
Les clichés de Rasiki s'a rment avec force, vont droit au but, motivés par une réalité sans ambiguïté. La photographe réussit à exprimer un message fort, tout
en suscitant de la sympathie pour cette petite tourmentée par l’anxiété et la solitude, que chacun de nous peut ressentir dans un pays inconnu.

Takaki FUJII, rédacteur en chef de PHOTO TECHNIC DIGITAL

Salon de la photo
Shiki Ra Collage

Prix de la presse - Katsura Komiyama

L'écume des jours
Katsura Komiyama est né en 1979 dans la préfecture de Kanagawa.
Après des études chez Makoto Nakamura, il travaille comme photographe pour divers magazines avant de devenir photographe free-lance et professeur à
l'Académie Photographique de Nakamura.
L'évolution humaine est constante. Notre transformation est faite de rencontres fortuites, d'événements éphémères, de choix décisifs.
Je change chaque jour, et chaque jour, je m'interroge sur qui je suis, tout en sachant que les clés pour le comprendre changent à chaque moment. K.K.
Un cliché mystérieux avec des grains de lumière
Le temps qui passe poursuit tout le monde, uniformément, impartialement.
La photographie rassemble les fragments du temps. Une photo est une rencontre, qu'elle soit décisive ou dérisoire, elle doit être considérée de la même
manière. Il semblerait que trouver un seul grain de sable de forme extraordinaire dans le désert ait le même sens que de ramasser causalement un grain
di­érent. L'Ecume des jours est un roman écrit par l'auteur français Boris Vian, traduit en japonais, littéralement, "Jours de mousse".
L'amante du personnage principal, Chloé, a une étrange maladie où un nénuphar pousse dans ses poumons. Après sa mort, le personnage principal, Colin, passe ses journées assis au bord d'un plan d'eau, les yeux fixés dans ses profondeurs. Katsura Komiyama, avec ses photos, lui rend hommage.
La limpidité de sa vision du monde permet au spectateur de superposer peu à peu ses propres souvenirs à ce qu'il regarde. Des souvenirs oubliés peuvent
réapparaître en images, de les inscrire dans sa mémoire. Katsura Komiyama nous montre, à travers ses photos, qu'un monde merveilleux est devant nous, dans
notre quotidien.

Digital Camera Magazine, éditeur en chef FUKUSHIMA Akira

Salon de la photo
Katsura Komiyama Collage