Le travail effectué en Inde en 2014 par la photographe franco-marocaine Leila Alaoui est exposé à la Galleria Continua dans le Marais à Paris.

Cette artiste engagée, tragiquement disparue en 2016, a réalisé à Chennai en Inde une galerie de portraits saisissants, sur une communauté de femmes oeuvrant à la confection de vêtements Made in India. Cette série, suite de son travail sur Les Marocains montré à la Maison Européenne de la Photographie à Paris est un témoignage vibrant. Sorties de l’anonymat ces femmes retrouvent ainsi sous le regard distancié mais bienveillant de Leila Alaoui, un visage et une dignité bouleversants.


Made in India

Une photo de Leila AlaouiLeila Alaoui, Made in India, 2014 - Courtesy GALLERIA CONTINUA & Fondation Leila Alaoui
La Galleria Continua présente au sein de son espace parisien une exposition dédiée à Made in India, série photographique inédite de Leila Alaoui (1982 – 2016), réalisée lors d’un voyage en Inde en 2014. Huit ans après l’attentat responsable de sa mort prématurée, la galerie poursuit son engagement à promouvoir et diffuser à l’international l’œuvre de la photographe et vidéaste, reconnue pour ses portraits emblématiques mêlant photo-documentaire, humanisme et activisme.
Une photo de Leila AlaouiLeila Alaoui, Made in India, 2014 - Courtesy GALLERIA CONTINUA & Fondation Leila Alaoui
Made in India comporte un nombre important de photographies témoignant de la vision engagée de l’artiste. Leila Alaoui réalise un voyage à Chennai, anciennement appelée Madras, en juillet 2014, pour immortaliser les visages d’une communauté de femmes travaillant au sein d’une usine de confection de vêtements. Dans la continuité de son travail consacré à l’identité, elle cherche surtout à s’immerger dans le quotidien de ces ouvrières. L’artiste souhaite ainsi aller à la rencontre des femmes souvent cachées derrière l’étiquette « Made in India » adossée aux vêtements que l’on trouve dans la grande consommation…
Une photo de Leila AlaouiLeila Alaoui, Made in India, 2014 - Courtesy GALLERIA CONTINUA & Fondation Leila Alaoui

Dans une société qui pousse constamment à la surproduction textile et qui maintient dans l'ombre les travailleurs, Leila Alaoui entreprend un travail méticuleux pour montrer au public les mains, les visages et les corps de celles qui confectionnent chaque jour nos vêtements. En faisant poser ses modèles dans un studio temporaire créé au sein de l'usine, elle met en exergue la personnalité de chaque femme, tout en capturant les regards, les détails de leurs tenues et leurs ornements. Pour chacune, elle réalise trois clichés : un portrait montrant uniquement le visage, un plan trois-quarts et un plan serré des mains. Comme pour sa série précédente Les Marocains, réalisée entre 2010 et 2014, la photographe décide d'éliminer tout environnement en faisant poser les personnes devant un fond noir, choisissant de réaliser non pas des scènes de vie, mais des portraits, en procédant toujours de la même façon - une vision frontale et un fond neutre.

Leila Alaoui démontre sa profonde attention au maintien d’une distance critique, à l’instar d'une photo-journaliste, tout en enveloppant le sujet d'une sensibilité fine, douce et solidaire. L’exposition présente également une vidéo réalisée par Shrikkanth Govindarajan, jeune vidéaste chargé de documenter la réalisation de ce projet photographique.

Une photo de Leila AlaouiLeila Alaoui, Made in India, 2014 - Courtesy GALLERIA CONTINUA & Fondation Leila Alaoui
  • Galleria Continua / Paris
  • 87 rue du Temple, 75003 Paris.
  • Exposition du 19/01/2024 au 19/03/2024
  • Mardi - samedi 11h-19h et sur rendez-vous
  • +33 (0)1 43 70 00 88 | +33 (0)6 75 15 16 22

Biographie - LEILA ALAOUI


Leila Alaoui
naît à Paris d'un père marocain et d'une mère française et grandit à Marrakech où elle intègre l'école française tout en étant nourrie de culture arabe grâce à son père. Elle forge ensuite sa pratique artistique à New York, où elle déménage en 2000 pour étudier les sciences sociales à la Hofstra University de Long Island. Elle y rencontre Felipe Barbosa le cinéaste, devient l'assistante du photographe d'architecture John Hall, ainsi que du directeur de la photographie Kerwin DeVonish et de la directrice artistique Maripol. Elle collabore en tant qu'assistante à la photographie des films Women Without Men de Shirin Neshat et Inside Man de Spike Lee. Elle participe également aux tournages des concerts d'Erykah Badu et assiste à la production de trois films documentaires voyageant au Guatemala, au Honduras et au Mexique. Ces expériences, où elle acquiert une formation technique pointue et s'éveille à des questionnements sociaux aux côtés de maîtres de 1'image, constituent les prémisses de sa création artistique ultérieure.

En 2007, elle retourne au Maroc et entame une recherche qui révèle déjà son intérêt prononcé pour les sujets sociaux et sociétaux. Sensible aux problématiques de son pays, elle initie son propre travail photographique avec la série No Pasara, témoignant de l'expérience de jeunes Marocains qui rêvent de traverser la Méditerranée pour conquérir un avenir européen. Artiste militante, Leila Alaoui transforme, dans son travail les paysages des exilés en chefs-d'œuvre d'espoir, et dénonce les horreurs de la société contemporaine. Elle rejoint des associations se battant pour les droits des réfugiés. Après avoir débuté l'un de ses ensembles les plus connus avec la série Les Marocains, elle initie en 2013 un nouveau projet pour lequel elle suit des migrants subsahariens et réalise la série Crossing. Ces séries sont exposées à plusieurs reprises à Marrakech, notamment à la Marrakech Art Fair (2011), au Musée de la Palmeraie (2014) et au Musée Yves Saint Laurent (2018), renforçant sa trajectoire sur la scène artistique internationale. Ses œuvres ont rejoint des collections internationales majeures comme celles du British Museum, à Londres au Royaume-Uni, du Musée des Beaux-Arts de Montréal au Canada, du Musée Mohammed VI, à Rabat au Maroc et de la Maison Européenne de la Photographie à Paris.

L'engagement de Leila Alaoui comprend également diverses missions photographiques pour des ONG, telles que le Danish Refugee Council, Search for Common Ground et le UNHCR. En janvier 2016, alors qu'elle travaillait pour une commission d'Amnesty International sur les droits des femmes au Burkina Faso, Leila Alaoui a été grièvement blessée dans les attaques terroristes survenues à Ouagadougou. Elle décède de ses blessures le 18 janvier 2016. La Fondation Leila Alaoui a été créée pour préserver son travail, défendre ses valeurs et inspirer et soutenir les artistes qui œuvrent pour la dignité humaine. En 2022, la fondation inaugure le Centre Interculturel Leila Alaoui (CILA) à Fontvieille en Provence, nouveau centre d'art afin de promouvoir les arts visuels engagés et contribuer au rayonnement culturel de la Méditerranée. GALLERIA CONTINUA soutient les initiatives de la Fondation Leila Alaoui et est fière de participer ainsi à la pérennisation du travail d'une artiste d'exception.

Une photo de Leila AlaouiLeila Alaoui, Made in India, 2014 - Courtesy GALLERIA CONTINUA & Fondation Leila Alaoui
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