Afin de célébrer et de valoriser la profession de photographe, le Salon Photo & Vidéo a initié en 2010 LES ZOOMS, un concours destiné à révéler les talents émergents de la photographie contemporaine. Deux prix y sont décernés : le Prix du Public et le Prix de la Presse.
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Qu'est-ce que les ZOOMS ?

Depuis 2010, la Salon Photo & Vidéo, en collaboration avec le salon CP+ (Yokohama au Japon), met en lumière les talents des photographes émergents à travers son prestigieux concours Les ZOOMS. Deux prix y sont décernés, l'un par le public et l'autre par la presse.

Placé sous la présidence de Sophie Zénon, photographe plasticienne, le jury est composé de neuf professionnels de la presse (rédacteurs photo, rédacteurs en chef, directeurs de la photographie et de la rédaction) chacun ayant sélectionné un(e) photographe professionnel(le) émergent(e), français(e) ou résidant en France, encore peu connu(e) du grand public.

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Série photo de Nicolas Fagot

Sélection Chasseur d'Images - Nicolas Fagot

 

Éloge

Nicolas Fagot appartient à l’univers des photographes capables de transformer un simple instant en émotion durable. Son travail ne se limite pas à capturer des images : il révèle des atmosphères, des silences. Il transforme le quotidien en poésie visuelle. Chasseur d’Images a repéré son regard sensible qui capte l’émotion brute, la lumière juste et l’instant vrai. Il se concentre sur la rue et tout ce qui reste statique en s’adaptant ainsi aux imprévus qui se présentent à lui. Son élément phare, le plein soleil. Il ne fait pas de photo s’il n’y en a pas, cela l’ennuie. « Il lui faut cette grosse boîte qui donnera des aplats de lumière et de couleurs, des ombres très tranchées ». Un combo de motifs et de couleurs qui s’assemblent et qui l’inspirent ! Cette approche intuitive, toujours nourrie par l’observation dans la lumière, révèle une photographie vivante, élégante et accessible, où chaque image raconte une histoire avec justesse et intensité. Le temps est en quelque sorte suspendu. Avec passion et exigence, Nicolas Fagot montre que la photographie n’est pas seulement un art de l’image, mais un art du regard. Son talent réside autant dans sa maîtrise technique que dans sa capacité à créer une relation authentique avec son environnement. Nous avons apprécié sa personnalité simple et sa signature unique. Derrière chacune de ses images, on imagine un regard profondément sensible, attentif aux détails et aux silhouettes mis en valeur par la lumière ; cet assemblage devient sous son objectif une matière vivante, la rue prend vie pour créer des Instants de lumière

Écrit par Nadège Cogné pour Chasseur d'Images.

Série photo de Julia Neguer

Sélection Compétence Photo - Julia Neguer

Éloge

Julia Neguer est une photographe dont le travail s’inscrit dans une tradition ancienne de la photographie : celle du voyage, non comme simple déplacement, mais comme expérience intérieure.

Aller vers le monde, c’est accepter de ne pas tout comprendre, de regarder sans posséder, de laisser les lieux et les rencontres déposer en nous leur part d’inconnu.

Inspirée par l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier, Julia interroge ce que l’on rapporte vraiment d’un ailleurs : pas seulement des images, mais des impressions, des silences, des traces.

Ses photographies appellent ainsi une double lecture, entre réalité visible et mémoire intime, comme un sous-texte discret qui prolonge cette idée du voyage comme empreinte intérieure.

Écrit par Didier Fontant pour Compétence Photo.

Série photo d'Elsa Brau Mouret

Sélection De l’Air - Elsa Brau Mouret

Éloge

J’ai rencontré Elsa Brau-Mouret est lors d’un concours de jeunes photographes organisé par la revue Chabe à Lyon. Elle sortait à peine de l’école de Condé et présentait Rebote, une série de photographies réalisée dans les clubs et festivals de la région. C’était spontané, nerveux, amoureux. Sans fioritures, elle entrait dans son sujet (la nuit, la fête) et, détail à préciser, dans ses sujets (les gens). Rares sont les photographes, jeunes de surcroit, à oser photographier sans mise en scène, en dehors d’un studio, d’étranges étrangers. Ce même soir, elle a présenté une autre série toujours en cours, Albédo. À rebours de Rebote. Un retour vers les paysages de l’enfance, rejoués à travers les codes du western. Le style est alors léché, l’atmosphère silencieuse, un rien malaisante, les paysages imposants, les personnages rares, fictifs ou méconnaissables. Dans les montagnes savoyardes, Elsa explore à pas de velours une sorte de mythe intime qui se déploie dans des villages isolés qu’on rêve de fuir un jour… Deux sujets, deux écritures, une maîtrise remarquable à seulement 24 ans. Il va sans dire qu’elle n’a pas eu de mal à remporter ce concours post-étudiant. Le premier sans doute d’une carrière qui s’annonce prometteuse…

Série photo d'Aleksa Haluszczak

Sélection Fisheye - Aleksa Haluszczak

Éloge

Le parrain

Dans l'intimité brute des salles de bains, d’un garage ou d'un parking, Aleksa façonne des mythes pour nous inviter dans son monde. En opposant l'extravagance de ses personnages à l'aspect usé et presque désuet de ces lieux communs, elle crée un contraste saisissant. Elle y construit ses décors avec une précision où rien n'est laissé au hasard.

Ses modèles y déploient une exubérance nécessaire : perruques et corps transformés deviennent des actes de rébellion intérieure. Ce maximalisme est un cri de liberté face à une société qui cherche à nous lisser.

Pour Aleksa, « si le monde acceptait enfin ces individualités plutôt que de contraindre nos identités, exister serait moins complexe ». Ici, jouer est un acte de résistance pour subsister.

Série photo de Céline Domas

Sélection Like Magazine - Céline Domas

Éloge

Céline Domas incarne ces trajectoires rares où la photographie naît d’une profonde reconversion de vie. Longtemps sage-femme, engagée au service des autres au rythme des gardes et des urgences, elle découvre progressivement dans l’image un espace d’expression personnel. Le tournant décisif intervient lors d’une expatriation à Baltimore, où elle développe un regard sur les paysages ordinaires, les lieux silencieux et les traces du temps. De retour en France, elle choisit de se consacrer entièrement à la photographie d’auteur, se formant plusieurs années en Suisse et construisant une solide culture artistique nourrie par Dolores Marat, Klavdij Sluban, Todd Hido, mais aussi des auteurs comme Whitman, Dickinson, Baudelaire et T. S. Eliot. Son œuvre explore l’absence, le féminin, la mémoire et les paysages intérieurs. À rebours des images spectaculaires et instantanées, elle privilégie la lenteur, la nuit et l’émotion discrète. Soutenir Céline Domas pour le Prix Zoom du Salon de la Photo 2026, c’est saluer une photographe qui a réanchanté son parcours de vie en une œuvre exigeante et profondément contemporaine.

Écrit par Jean-Jacques Farré.

Série photo de Berangere Portella

Sélection Photo Magazine - Bérangère Portella

Éloge

Transit

Bérangère Portella a d’abord porté son regard vers les siens. Dans Transit, elle poursuit son exploration par une nouvelle forme de filiation, auprès de ceux qui, comme elle, font de leur existence un art. Cette famille est politique. Elle est de celles qui se choisissent, et de celles qui relient. Elle qui aime les freaks de Roger Ballen et le tendre trash de Nan Goldin, a comme eux les marges au cœur. Performeuses du genre, ces flamboyantes drag font tomber le fard devant Bérangère Portella. Longtemps cantonnées à la confidentialité, ces artistes prennent aujourd’hui toute la lumière, celle des plateaux télé et des plus grandes scènes de cabarets. En « transit », la photographe les fait sortir de leur cadre pour entrer dans le sien. De lieux qui n’appartiennent à personne, chambres d’hôtel et canapés de passage, elle fait le théâtre d’une intimité révélée. Débarrassées de leur apparats, pas tout à fait encore des paillettes, ces icônes queer posent à nu. De la poésie des scènes et la mélancolie lattente, Bérangère Portella lève ici le voile sur les coulisses d’une intimité comme territoire politique, dénuée de toute performance. La série s’approche, avec une tendresse qui est aussi une forme de résistance, de ce moment rare où chacun·e n'est plus rien d'autre que soi.

Série photo de Viktor Balaguer

Sélection Phototrend - Viktor Balaguer

Éloge

Ce que nous avons aimé chez Viktor Balaguer, c'est sa manière de construire l'image et d'y saisir un instant qui n'est jamais le plus évident. Il ne court pas après le moment décisif, il l'attend, le compose, le laisse venir.

« Rouge » en est l'illustration la plus frappante. Dans cette série, c'est d'abord une couleur qui happe et accroche l'œil. Une robe de danseuse, une vieille Lada, un parapluie sur la place Rouge : le rouge éclate, nous arrête, et donne aussitôt envie d'en savoir plus sur chaque scène. Ce n'est ni un lieu ni un sujet qui tient la série, mais cette couleur, qui court d'une image à l'autre comme un fil rouge.

En Russie, le rouge est partout, chargé d'histoire, mais Viktor Balaguer évite le piège du drapeau soviétique : il le débusque là où on ne l'attend pas, sur un ring de boxe, une banquette de voiture ou une fraise géante entre deux tours de verre. Certaines images pourraient avoir été prises n'importe où dans le monde. Et c'est bien ce qui fait sa force : un travail au long cours où l'obsession d'une couleur devient, image après image, la signature d'un véritable auteur.

Série photo de Camille Nivollet

Sélection Polka - Camille Nivollet

Éloge

Pauline, Lisa, Eve, Matilda, Ilan, Oriane… Ils sont jeunes, entre 13 et 18 ans, et ont un point commun : ces « non-sco » ont grandi hors d’une scolarité toute tracée. Dans Un temps sans école, la photographe documentaire Camille Nivollet suit le quotidien d’adolescents à travers la France. En 2022, plus de 54 000 enfants étaient concernés par l’école à la maison. Ils sont sortis du système classique pour des raisons sont variées : harcèlements, dysfonctionnements institutionnel… L’absence d’école n’est pas synonyme d’isolement, mais parfois plutôt d’une présence accrue des liens amicaux, familiaux ou encore associatifs. Camille Nivollet s’interroge sur la place de l’école dans notre société. Comment grandit-on, ensemble, hors des sentiers battus ?

Série photo de Kevin Ingrez

Sélection Réponses Photo - Kevin Ingrez, alias Fakele

Éloge

Avec sa série Itinérance réalisée le long du chemin de Stevenson dans les Cévennes, Fakele nous propose un travail célébrant le temps long. D’abord en photographiant ces randonneurs de tous âges et de tous genres qui arpentent ce sentier de plusieurs centaines de kilomètres, chacun avec sa raison. Mais aussi en utilisant un appareil pour le moins rudimentaire, une chambre de rue, telle qu’elle était employée par les portraitistes ambulants. De là découle un véritable échange avec les photographiés, à qui Fakele remettait leur tirage quelques étapes plus loin, bouclant ainsi la boucle.

Écrit par Thibaut Godet, rédacteur en chef de Réponses Photo.