Une Odyssée Végétale à la galerie XII, Paris du 7 novembre au 20 décembre.

En ce mois de novembre la photographe plasticienne Sophie Zénon nous offre deux expositions exceptionnelles : L’humus du monde, une rétrospective à la Galerie du Château d’Eau à Toulouse (1996-2025) et Odyssée Végétale, une exposition personnelle à la Galerie XII à Paris.

Sophie Zénon est une artiste s’attachant à l’histoire, à notre rapport à la mémoire et au passage du temps. Son oeuvre se caractérise par une dimension poétique centrée sur la notion de fragilité et de résilience explorées à partir de la relation du corps au paysage et au végétal en particulier.

Les deux expositions reviennent sur le parcours singulier et poétique d’une artiste qui maîtrise non seulement les procédés photographiques mais qui intègre également des techniques empruntées à d’autres métiers d’art aux savoir-faire historiques, telle la broderie au fil d’or avec la complicité de la Maître d’art Sylvie Deschamps.

Portrait vintage d'une femme, avec un fond bleu nuit, inspirant une atmosphère mystérieuse.Maria, 2010. © Sophie Zénon. Tirage fine art couleur sur papier Canson Platine.
L’humus du monde nous invite à s’immerger dans l’univers poétique et critique de Sophie Zénon, une artiste singulière habitée par les questions de la mémoire, de l’histoire, et du passage du temps. Elle explore notre rapport à l’oubli, à la perte, à l’absence et enfin à la mort. Photographies, archives réactivées, livres d’artiste, vidéos, installations, mais aussi gravures sur verre, monotypes, estampages tissés et modelés ... le corpus d’oeuvres de l’artiste se déploie en une narration protéiforme, révélant la place importante qu’elle accorde à l’expérimentation, à la matérialité et à l’hybridation des médiums. De sa pratique naissent des oeuvres organiques, vibrantes et poétiques, guidées par les notions de fragilité, d’impermanence et de souffle de vie. Sophie Zénon convoque des thèmes qui la hantent, qu’elle explore et enrichit à chaque nouveau volet. De l’exploration de son histoire familiale à celle de la Grande Histoire, de sa propre mise en scène à celle des spectres, L’humus du monde dessine en filigrane le portrait en creux d’une artiste fascinée par la beauté et l’effroi.
Portrait d'homme avec une silhouette superposée à un paysage naturel, créant un effet de double exposition. L’homme paysage, Alexandre 2015. © Sophie Zénon Tirage fine art sur papier Canson Platine.
Conçue comme un cheminement dans une oeuvre intimement liée à un parcours de vie, l’exposition s’articule en 3 chapitres en 3 espaces distincts. La physionomie particulière du château d’Eau, ses espaces circulaires, ont inspiré à l’artiste une scénographie filant la métaphore du cercle, évocation pour elle de la roue du temps et du cycle de la vie et de la mort. Le choix des oeuvres, leur mise en scène s’organisent en écho les unes avec les autres au sein d’un même cycle de travail (Asies, In Case We Die, Arborescences, Rémanences), dessinant un lien ténu et constant entre elles ; mais également avec celles d’artistes invités, extraites des collections des musées toulousains.
Momie de Capucin avec un voile rouge, vêtue d'un manteau en laine, capturée dans un éclairage flou.Capucin 2 (Momies de Palerme), 2008, © Sophie Zénon. Plante introduite en Lorraine par les Cosaques pendant les guerres napoléoniennes. Photogramme sur papier argentique Foma.

Au sein de son cycle In Case We Die (momies de Palerme, La Danse, Le Corps à Vif), l’artiste se confronte à la place que nous accordons aux morts et par conséquent à la mort - à travers la représentation du corps. Sujet tant délicat à aborder que complexe à montrer et représenter, il est l’objet de ses recherches universitaires en histoire contemporaine et en ethnologie, d’abord en Normandie, sa région natale, puis en Asie septentrionale (Mongolie, Sibérie) autour du chamanisme : (« Haïkus mongols », « Suite sibérienne »).

« Ces voyages en Mongolie et Sibérie furent une vraie expérience de vie. Je dis souvent qu’ils m’ont fait naître photographe ».

Instaurer des liens, construire de nouveaux récits avec les disparus, est un leitmotiv dans l’ensemble de sa démarche artistique. Car pour elle, se souvenir est avant tout un acte de création.

Fleur sauvage stylisée sur fond beige clair, représentant une forme délicate et naturelle.Épervière de Bauhin 2024. © Sophie Zénon. Plante introduite en Lorraine par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale. Tirage sur papier japon Shin Inbe. Réhauts au crayon blanc. Cire.

 

MÉTAPHORE DU VÉGÉTAL

« Travailler sur les plantes obsidionales permet de renouveler l’histoire des migrations humaines sous un angle novateur ».

Chez Sophie Zénon, les spectres (vivants ou morts) sont des acteurs porteurs d’enjeux historiques, politiques et sociaux. Dans L’herbe aux yeux bleus, dernier volet d’un cycle dédié à la mémoire des paysages de guerre (Rémanences), les plantes sont les témoins d’une mémoire incarnée, celles des troupes étrangères en mouvement pendant les conflits. Le végétal y est présent, tour à tour supplicié, marqueur de l’histoire et de ses traces, fragile mais toujours nourricier et renaissant.

Plante sauvage avec une silhouette claire, sur fond noir, et un effet lumineux qui accentue ses contours. Roquette d’orient (in l’Herbe aux yeux bleus), 2021. © Sophie Zénon Plante introduite en Lorraine par les Cosaques pendant les guerres napoléoniennes. Photogramme sur papier argentique Foma.

Dans ses différents projets, l’artiste travaille la mémoire comme un matériau vivant, fragile et multiple. La place accordée à l’archive et aux sources iconographiques diverses y est centrale. Photographies, livres d’artiste, installations, vidéos, mais aussi gravures sur verre, oeuvres en volume, sculptures de papier... Réactivées, détournées, extraites de son album familial ou de fonds muséaux - elles sont toujours associées et en dialogue avec des photographies qu’elle réalise.

Dans les espaces du Château d’Eau, s’articulant selon différents protocoles, Sophie Zénon convoque tour à tour le corps dans le paysage, l’histoire de la photographie, et le travail du geste à l’atelier, associant à chacune de ses recherches une proposition faisant place aux matériaux et aux savoir-faire.

L’Humus du Monde, Rétrospective. Château d’Eau, Toulouse.

  • Du 21 novembre 2025 au 31 mars 2026.
  • L’exposition est accompagnée d’un livre d’artiste : « L’herbe aux yeux bleus », éditions Païens / Le Château d’Eau. Sortie : 21 novembre 2025.
  • Exposition du mercredi au dimanche de 11h à 18h
  • 1 PL Laganne, 31000 Toulouse.
  • 05 34 24 52 35.
  • Entrée plein tarif est à 5€. L’entrée à prix réduit est à 3€.
  • Fermé le 1er Janvier, 1er Mai, 25 Décembre
  • Fermetures exceptionnelles à 16h les 24 et 31 décembre.
  • Métro : arrêt Cours Dillon

ODYSSÉE VÉGÉTALE : Galerie XII Paris du 7 novembre au 20 décembre 2025

Double exposition d'un portrait en noir et blanc superposé avec une forêt verdoyante, créant une fusion entre l'humain et la nature.Crepis sancta (L.) Bornm. subsp. nemausensis (Vill.) Babc. (Crépide de Nîmes) in Herbarium Florum Obsidionalium 2024 © Sophie ZénonPhotographie 20 x 28 cm sur papier japon. Lavis, encre, cire.
Plante introduite en Lorraine par un bataillon de soldats montpelliérains pendant la Première Guerre mondiale.

Parallèlement à sa rétrospective l’humus du monde au Château d’Eau à Toulouse, l’artiste dévoile à la galerie XII des oeuvres inédites, fruits de ses dernières recherches autour des relations entre les plantes et les hommes, explorées à travers le prisme des migrations. Fidèle à son attention portée au matériau et aux savoir-faire, elle déploie deux ensembles d’herbiers et de paysages, des œuvres délicates et précieuses sublimées par le geste où le végétal est porteur d’enjeux historiques et politiques. Associant des processus naturels et anthropiques, sa démarche questionne les notions d’espèces endémiques et non-indigènes, de changement climatique, de mouvement à travers les frontières territoriales et politiques.

Sophie Zénon met en dialogue Arts et Sciences, disciplines souvent éloignées dans leur approche comme dans leur langage. De 2021 à 2024, elle a travaillé dans l’Est de la France aux côtés du botaniste nancéien François Vernier, spécialiste des plantes obsidionales, ces végétaux allogènes introduits par les armées étrangères pendant les périodes de conflits (guerres napoléoniennes, de 1870 et deux guerres mondiales) par des graines contenues dans leur vêtements, sous leurs chaussures ou dans le foin destiné aux chevaux.

Photo en noir et blanc d'une rivière serpentant à travers une forêt avec des arbres flous et un reflet dans l'eau.Mahoue (La Seille) 2022 © Sophie Zénon, Composition photographique 114 x 80 cm. Tirage au charbon (piezzographie) sur papier coton. 

Dans une approche multifocale, elle présente de grands paysages de la Seille mis en dialogue avec « Herbarium Florum obsidionalium » un ensemble de photographies aux tons colorés délicats. Témoins de notre histoire collective, les plantes, représentées surdimensionnées par rapport au paysage, deviennent les sujets et non plus les objets de sa recherche.

Plus à l’Ouest, Sophie est partie à la rencontre de Patrick Rose, directeur du Conservatoire du Bégonia de Rochefort. Dans ce lieu unique au monde, plus de 1800 espèces sont conservées, entretenues, cultivées, multipliées, hybridées. Des générations de bégonias à l’œuvre, dont les lointains ancêtres - martiniquais, mexicains, brésiliens, mélanésiens... - cachent derrière leurs feuilles colorées de vertigineuses histoires humaines. Dans ce nouveau volet, l’artiste porte son regard sur la création de nos jardins et conservatoires botaniques contemporains, suggérant comment les expansions coloniales européennes ont été décisives dans la circulation des plantes, de leur destinée en lien avec les circulations humaines.

Photographie de deux feuilles de plantes blanches, chacune avec des détails délicats sur un fond beige.À gauche : ‘Black Fang’ Broderie : Sylvie Deschamps 2025. © Sophie Zénon Plante hybride. Techniques mixtes : Photographie 20 x 28 cm sur papier japon Shin Inbe 110 gr.Détail d’une carte marine du XVIIè siècle. Broderie : cannetille or brillant et mat, fil diamant or clair au point de sable, soie noire au point lancé.  À droite : Gehrtii, Broderie : Sylvie Deschamps 2025. © Sophie Zénon, Photographie sur papier japon brodée. Format 20 x 25 cm. Plante native originaire du Brésil.
Dans la seconde salle de la galerie, Sophie dévoile un corpus de photographies de plantes traversées de part en part de lignes, de flèches et de points énigmatiques, évocations des lointaines expéditions navales liées à l’histoire militaire de la ville de Rochefort à partir de la fin du XVIIè siècle. Sur ses photographies, les interventions au fil d’or ou d’argent réalisées par la Maître d’Art Sylvie Deschamps, brodeuse au fil d’or, participent à une forme de débanalisation de la plante pour créer des œuvres uniques. De Rochefort aux Caraïbes, d’anciennes cartes du XVIIème et XIXème siècles d’expéditions scientifiques, rehaussées de dorures à la feuille sont en dialogue avec le végétal. De vibrants paysages panoramiques des Antilles - écho aux grands panoramiques papier-peints du 18ème siècle, on retrouve ici l’approche plastique plurielle de l’artiste.
Image d'un paysage en ton doré avec des éléments naturels et un fond brumeux créant un effet pictural doux.Caraïbes (1) 2025. © Sophie Zénon, Photographie sur verre acrylique.Carte de la Martinique extraite de l’Atlas national illustré sur les colonies françaises (1840), gravée par Laguillermie, imprimée en relief. Dorure à la feuille (Atelier Herbst). 

Des rencontres avec l’artiste et signature de son livre « L’herbe aux yeux bleus » auront lieu pendant toute la durée de l’exposition. Rendez-vous le samedi 6 décembre de 14h30 à 15h30 pour une rencontre entre Sophie Zénon et Michel Poivert, historien de la photographie, modérée par Eric Karsenty, journaliste et correspondant de l’Académie des Beaux-Arts

Biographie

Depuis plus de deux décennies, Sophie Zénon (France, 1965) explore les archives de nos histoires collectives et la manière de leur donner corps. Habitée par les questions de la mémoire, de la perte, de l’absence et du passage du temps, elle déploie ses oeuvres en une narration protéïforme, révélant la place importante qu’elle accorde à l’expérimentation, à la matérialité et à l’hybridation des médiums. De sa pratique naissent des oeuvres organiques, vibrantes et poétiques, guidées par les notions de fragilité et d’impermanence. Ses oeuvres ont intégré des collections publiques (Bibliothèque nationale de France, Maison Européenne de la Photographie, Mobilier national...) et de nombreuses collections privées. Elles sont exposées en Europe et à l’international (Italie, Autriche, Brésil, Canada, Etats-Unis, Chine, Cambodge) depuis 2000 dans des lieux prestigieux tels que, à Paris, le Palais de Tokyo, la BNF, le Mobilier national, la Fondation Pierre Bergé / YSL, et aussi le Domaine de Chaumont-sur-Loire, la Fondation Fernet-Branca (Saint-Louis), la Fondation François Schneider (Wattwiller), Le Houston Center for Photography (Etats- Unis). Sophie Zénon a obtenu plusieurs reconnaissances dont le soutien à la création d’oeuvres d’art de la Fondation des Artistes (2022), le prix «Résidence pour la Photographie» de la Fondation des Treilles (2015), le prix Eurazeo (2019), le prix Kodak de la Critique (1999). En 2024, elle est lauréate de la Commande nationale Maîtres d’Arts / Elèves. Elle est représentée par la Galerie XII à Paris et Los Angeles.

Galerie XII. 14, rue des Jardins Saint Paul 75004 Paris. Métro Sully Morland ou Saint Paul

  • +33 1 42 78 24 21.
  • Horaires : mardi à vendredi de 14h à 19h, samedi de 12h à 19h. Fermé le dimanche et lundi.