Les Franciscaines à Deauville présente du 25 janvier au 28 juin une exposition de l’œuvre de Valérie Belin.
Publié le 06 juin 2024 à 1:08 | Modifié le 15 janvier 2026 à 11:24
Portrait artistique d’une femme avec superposition d’illustrations de comics vintage Valérie Belin Super Girl (série All Star), 2016 Tirage pigmentaire, © Valérie Belin, Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris/Brussels
Les Franciscaines à Deauville présente du 25 janvier au 28 juin une exposition de l’œuvre de Valérie Belin. C’est une exposition rétrospective qui retrace le parcours d’une artiste qui questionne les frontières entre le réel et le fabriqué. En utilisant de multiples éléments avec de objets et des superpositions elle crée un monde ambigu. Natures mortes et portraits se fondent et se confrontent au sein de ses premiers tirages argentiques jusqu’au multiples manipulations rendues aujourd’hui possibles grâce au numérique. Réalisée en collaboration avec Annie Madet-Vache, historienne de l’art et directrice du musée des Franciscaines cette exposition renouvelle notre regard sur l’une des œuvres les plus stimulantes de la photographie contemporaine.

L’exposition Valérie Belin, Les Choses entre-elles, comprend une soixantaine de photographies choisies parmi les séries les plus emblématiques de l’artiste, dont cinq issues de sa dernière série Cover Girls présentées pour la première fois publiquement. Miroirs, objets photographiés comme des corps, corps photographiés comme des objets, portraits de modèles vivants ou de mannequins factices – et plus récemment, natures mortes, vanités et portraits féminins de personnages de fiction, constituent une iconographie où la mise en scène « des choses » semble être le véritable enjeu des photographies.

Sans suivre un fil strictement chronologique, l’exposition montre l’évolution du travail de l’artiste qui, explorant les limites de la photographie dans sa relation avec le réel, nous entraîne dans la fabrication des images – et qui, passant du noir et blanc à la couleur et de l’argentique au numérique, s’approprie les mutations technologiques de la photographie comme à la recherche d’une nouvelle ontologie.

La première partie de l’exposition correspond aux débuts du travail de l’artiste : photographies d’objets (objets en cristal, miroirs vénitiens, voitures accidentées, moteurs de voiture), de robes (robes des collections du musée des beaux-arts et de la dentelle de Calais, robes des mariées marocaines), de « corps» (bodybuilders) et des portraits qu’il serait plus juste d’appeler « photographies de visages » (portraits de jeunes femmes noires, modèles, mannequins de vitrine).

Homme et femme bodybuilders posant ensemble, photographie en noir et blanc sur fond blanc Valérie Belin Sans titre, (série Bodybuilders II), 2000, épreuve gélatino-argentique, 100x80cm© Valérie Belin. Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris/ Brussels

Les bodybuilders ont été photographiés sur le lieu et à l’issue de compétitions dédiées à cette discipline. Les photographies se présentent comme des photographies de studio. Le corps des bodybuilders est explicitement le sujet de ces photographies – un corps huilé qui les fait apparaître comme des hyper-sculptures. Le noir et blanc renforce l’aspect sombre et métallique des corps. La série se présente comme une collection de figurines, comme si le corps lui-même était un trophée.

Ces photographies ont pour point commun d’être « des photographies de choses ou d’êtres réels ». Elles relèvent en partie de ce qu’on pourrait appeler une objectivité essentielle, souvent considérée comme une spécificité de la photographie.

Or, la photographie ne permet de capturer que des apparences – et celles-ci peuvent s’avérer trompeuses ou illusionnistes.

Mannequin féminin en noir et blanc, portrait minimaliste sur fond blancValérie Belin Sans titre, (série Mannequins), 2003, épreuve gélatino-argentique, 100x80cm© Valérie Belin. Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris/ Brussels

Les mannequins sont des mannequins de celluloïd hyperréalistes, moulés sur de vrais corps et de vrais visages. De loin, en raison d’une attitude stéréotypée, on pourrait supposer qu’il s’agit de portraits de personnes réelles ; mais en se rapprochant, on doute, puis on découvre la nature artificielle de ces portraits. La photographie contribue, comme par un effet de flou ou de masque dû à la distance, à la dissimulation de cet artifice – et aussi a contrario par sa précision dans le rendu des détails, à la révélation du simulacre.

Dès le début des années 2000 (époque de l’émergence du numérique, généralisation de la couleur, nouveaux médias, évolution des usages...), Valérie Belin a commencé à penser que l’objectivité essentielle, considérée comme une spécificité de la photographie, était vouée à s’estomper pour faire place à de nouveaux paradigmes. Les œuvres exposées au deuxième niveau de la galerie correspondent à une deuxième période du travail de l’artiste, caractérisée par la mise en scène, la fabrication de personnages et la production d’une iconographie comprenant des natures mortes ou des vanités et des portraits féminins se présentant comme des « allégories ».

Portrait artistique d’une femme assise en robe fleurie, ambiance cinématographique et collage visuelValérie Belin Portrait of Gaby (série Modern Royals), 2020, tirage pigmentaire 173x130cm © Valérie Belin. Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris/Brussels
Ce portrait pourrait être celui d’une « femme du monde » ou d’une célébrité, posant comme pour répondre à une « injonction à paraître ». La pose évoque celle d’une odalisque, figure fantasmée qu’on rencontre en peinture, apparaissant comme « l’objet passif et érotisé du regard masculin ». Les motifs ajoutés en surimpression sont comme des reflets dans une vitrine – reflets qui contribuent à l’isolement de la jeune femme et à l’éloignement du spectateur.
Portrait artistique en noir et blanc d’une femme, superposition de visuels de bande dessinée Valérie Belin Niagara (série New Marilyns), 2024 Héliogravure, 66x49.5cm © Valérie Belin. Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris/Brussels

Cette série « portraits de star » fait référence à la célèbre actrice du même nom et à sa représentation dans la pop culture. Le traitement graphique, par la superposition des images, évoque le procédé de la sérigraphie, ce qui contribue au caractère “iconique” de ce portrait. Le titre s’inspire de la filmographie de la star.

Un catalogue est édité à l’occasion de le l’exposition avec les soixante oeuvres exposées reproduites et de nombreux notices et textes dont :

  • Préface du Maire
  • « La part d’ombre des jeunes filles en fleur » par Clara Bouveresse
  • Entretien Valérie Belin et Anne Madet-Vache

Catalogue de l’exposition réalisé par les Editions Silvana Editoriale 96 pages. En vente à la boutique des Franciscaines Prix: 20€.


Affiche de l’exposition Valérie Belin à Deauville, portrait féminin stylisé mêlé à des motifs floraux

INFORMATIONS PRATIQUES

TARIFS

PASS EXPOSITIONS :

  • Plein tarif : 13 €
  • Abonnés Friendciscaines : 8 €
  • Tarif jeune et solidaire : 5€

VISITES COMMENTÉES Samedi 14h30 (hors billet d’entrée) :

  • Plein tarif : 5 €
  • Abonnés Friendciscaines : 3 €
  • Tarif jeune et solidaire : 2 €


HORAIRES

  • 10h30 > 18h30
  • 145 B Avenue de la République, 14 800 Deauville
  • Du mardi au dimanche