Le photographe britannique Martin Parr, décédé en décembre 2025, préparait une grande exposition pour le Jeu de Paume, désormais ouverte au public jusqu'au 24 mai. Il s'agit d'une lecture sur son œuvre qui en montre son aspect politique.
Publié le 06 juin 2024 à 1:08 | Modifié le 04 mars 2026 à 1:27

Cet artiste, spécialiste dans l'art d'observer la société, a su capturer avec humour et non sans ironie les comportements et coutumes les plus incongrus de l’être humain. Martin Parr n'a jamais cherché à critiquer le monde ouvertement, préférant capturer certains modes de vie, d’un œil espiègle, d'abord dans son Angleterre natale, puis au cours de ses voyages à travers le monde. Tout au long de plus de 50 ans de carrière, cet observateur lucide montre cependant un grand sentiment d'empathie envers ses semblables. Son exposition Global Warning (avertissement planétaire), est une mise en garde concernant l’influence des changements climatiques sur les comportements humains.

Global Warning propose une traversée exceptionnelle de l’œuvre de Martin Parr, des années 1970 à aujourd’hui. En réunissant près de 180 œuvres, elle relit son travail à l’aune du désordre généralisé de notre époque et met en lumière la profondeur critique d’un corpus souvent perçu comme ludique.

Un chien portant des lunettes de soleil colorées et un chapeau aux couleurs vives. Venice Beach, Californie, États-Unis, 1998 © Martin Parr/Magnum Photos

Sans adopter une posture moralisatrice mais toujours avec une ironie mordante, Martin Parr a documenté pendant plus d’un demi-siècle, les causes et les symptômes des crises de nos sociétés actuelles.: tourisme de masse, consumérisme effréné, dépendances technologiques, rapport ambivalent au Vivant. Son humour, héritier de la tradition satirique britannique, agit comme une guérilla visuelle contre les représentations dominantes.

Tout au long de son œuvre, Martin Parr n’a cessé de détourner les codes visuels dominants. L’exposition met en lumière sa manière de prendre le contre-pied des grands genres photographiques comme la photographie publicitaire, l’esthétique de la carte postale ou encore de la photographie animalière. En retournant ces langages visuels contre eux-mêmes, Parr en révèle les artifices, les clichés et les impensés, et propose une lecture critique des imaginaires contemporains.

« Je vois maintenant que presque toutes les images que j’ai prises et produites récemment sont indirectement liées au changement climatique »

« Tout doit disparaître » aborde l’univers consumériste qui est le nôtre, Parr dressant un inventaire cru et drôle de nos objets de désirs et nos modes de consommation, envisagé comme une forme de religion nouvelle..Sous son objectif, supermarchés, centres commerciaux, foires et salons deviennent le théâtre d’une course effrénée partagée par toutes les classes sociales et impliquant les biens les plus divers, dans lequel l’humain lui-même devient parfois marchandise.

Deux femmes discutent à côté de leurs caddies remplis de sacs dans une rue urbaine. Salford, Angleterre, 1986 © Martin Parr/Magnum Photos
« Petite Planète », du nom de l’un de ses ouvrages les plus célèbres, traite du tourisme, sujet de prédilection qu’il avait exploré, sur tous les continents, tant dans ses plaisirs que dans ses contradictions, voire ses impasses. Dans les lieux les plus emblématiques du phénomène, il s’est intéressé aux habitudes et aux comportements de ce touriste global, réalisant également, en filigrane, une étude des déséquilibres Nord/Sud. Dans « Le règne animal », c’est, la cohabitation parfois difficile entre l’humain et l’animal qui est étudié et décrit, entre indifférence et fascination, négligence et sur-attention, violence et affection.
Vue d'une plage intérieure remplie de baigneurs et de personnes étendues sur des serviettes.Seagaia Ocean Dome, Miyazaki, Japon, 1996 © Martin Parr/Magnum Photos
Enfin « Addictions technologiques », aborde la question de l’humain et de la machine sous ses formes les plus diverses : voitures, téléphones, jeux vidéo, machines à sous et maintenant ordinateurs et smartphones qui redéfinissent chaque jour, au quotidien notre rapport au réel, à l’espace et au temps. « Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien le lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit — je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir » disait Martin Parr en 2021.
Groupe de personnes prenant des selfies au bord de la mer avec une vue en arrière-plan.Mumbai, Inde, 2018 © Martin Parr/Magnum Photos
Gros plan de plusieurs mains tenant des téléphones pour prendre des photos de la Mona Lisa au Musée du Louvre. Musée du Louvre, Paris, France, 2012 © Martin Parr/Magnum Photos
Dans sa pratique et son projet, même lorsqu’il est question de technique, Parr demeure un humaniste : par-delà l’objet technique, c’est bien l’humain dans sa relation à la machine qui l’intéresse. Observateur attentif des gestes et toujours à la recherche de nouveaux sujets, il étudie la manière dont le corps humain interagit avec chacun de ces objets, ainsi que la place croissante qu’ils occupent dans notre quotidien et notre imaginaire, et la dépendance qu’ils peuvent engendrer. Il explore enfin, en creux, comment ces objets transforment profondément notre perception du réel et notre rapport à l’espace et au temps.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

1952 Naissance à Epsom, au Royaume-Uni. Son intérêt naissant pour la photographie est encouragé par son grand-père, lui-même photographe amateur.

1970-1973 Étudie la photographie à Manchester Polytechnic.

1974 Première exposition personnelle, « Home Sweet Home », à l’Impressions Gallery, York.

1975 S’installe à Hebden Bridge, dans le Yorkshire, avec Susie Mitchell, qui deviendra son épouse quelques années plus tard. Il y photographie abondamment la communauté, en noir et blanc, tout en enseignant.

1982 Publication de son premier livre Bad Weather.

Années 1980 S’installe à Bristol ; entreprend de photographier en couleurs les classes populaires, puis moyennes, de l’Angleterre des années Thatcher, à travers notamment trois ensembles qui donneront lieu à trois ouvrages : The Last Resort (1986), The Cost of Living (1989) et Signs of the Times (1992). Expose dans de nombreux festivals en Europe, et pour la première fois en France aux Rencontres d’Arles, en 1986.

Années 1990 Travaille sur les questions du tourisme et de la consommation, surtout à l’étranger. Nombreuses publications autour de ces sujets, notamment Small World (1995), puis Common Sense (1999).

1994 Devient membre à part entière de la coopérative photographique Magnum Photos.

1999 L’exposition « Common Sense » est présentée simultanément dans 41 galeries, disséminées dans 17 pays à travers le monde ; la même année, il commence à travailler pour des marques de mode.

2002-2004 L’exposition rétrospective « Martin Parr Photoworks » est présentée dans différents musées en Europe.

2008-2009 « ParrWorld », exposition de ses collections d’objets et d’images, est présentée dans divers lieux en Europe, et notamment au Jeu de Paume

2009 Publication de Luxury, étude sur la richesse menée sur cinq continents.

2013-2017 Martin Parr préside l’agence Magnum Photos.

2017 La Tate fait l’acquisition de sa collection de livres de photographies, comprenant plus de 12 000 titres. Ouverture de la Martin Parr Foundation à Bristol.

2019 « Only Human », grande exposition à la National Portrait Gallery de Londres.

2021 Nommé Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique à l’occasion de l’anniversaire de la reine Élisabeth II.

2025 Décès à Bristol.


CATALOGUE

Cinq décennies de commentaires visuels incisifs de Martin Parr, l’un des photographes les plus célèbres au monde, rassemblés dans un ouvrage accompagnant une grande exposition au Jeu de Paume à Paris en 2026.

Des essais d’universitaires et chercheurs venus d’horizons divers, géographie, anthropologie, sociologie, histoire des sciences, portent leurs regards de spécialistes sur ces images.

Auteurs : Quentin Bajac ; Jean-François Staszak ; Roberta Sassatelli ; Violette Pouillard ; Adam Greenfield Édition française / anglaise : Phaidon Parution : 29 janvier 2026 Prix de vente 39,95€

Affiche de l'exposition 'Global Warning' de Martin Parr avec une photo d'une femme sur la plage avec un globe terrestre

INFORMATIONS PRATIQUES Jeu de Paume

1, place de la Concorde, Jardin des Tuileries Paris 1er

  • Mo Concorde (lignes 1, 8, 12)
  • +33 (0) 1 47 03 12 50
  • jeudepaume.org 


Horaires

Expositions, librairie, café-terrasse Rose Bakery

  • Mardi : 11h - 21h
  • Du mer. au dim. : 11h - 19h
  • Lundi : fermeture


Tarifs

  • Tarif plein : 14€
  • Tarif réduit : 9,50€
  • Tarif -25 ans / étudiant : 7,50€ (en semaine)
  • Tarif -18 ans : gratuit