Vendredi 10 octobre, sur la scène du Forum des Pros du Salon de la Photo, Christophe Jung prend place. Photographe et secrétaire de la FFPMI Grand Est, il vient animer une conférence consacrée à l’intégration de l’intelligence artificielle dans le flux de travail des photographes. Il commence par énoncer son credo, répété comme un fil rouge : « Gagner du temps pour mieux servir mes clients. »
Conférence avec un public nombreux dans une salle

Quarante ans d'évolutions

Pour introduire son propos, Christophe Jung diffuse une vidéo en forme de zapping historique : l’arrivée du numérique en 1981, le premier congrès de l’IA en 1985, l’appareil photo sans pellicule en 1995, l’ordinateur Deep Blue battant Kasparov en 1997, jusqu’à la suppression automatique des personnes sur les smartphones de 2025. « L’idée, explique-t-il, c’est de montrer que chaque révolution technologique a d’abord fait peur avant de s’imposer comme un outil. » Le ton est donné. L’IA n’est pas une rupture, mais une étape logique dans l’évolution de la pratique photographique. « Elle ne remplace pas le photographe, elle transforme sa façon de travailler », s’exclame-t-il. Passé par le graphisme et le web avant de se consacrer à la photo, Christophe Jung parle d’expérience : « L’intelligence artificielle est entrée dans ma vie en 2021, quand j’ai compris qu’elle pouvait m’aider à rattraper mon retard de post-production. » C’est à ce moment qu’il découvre Aftershoot, un logiciel capable de trier et de traiter automatiquement des séries d’images. « Ce n’est pas un robot qui travaille à votre place, précise-t-il, mais un assistant. L’idée, c’est de déléguer les tâches répétitives pour se concentrer sur la relation humaine. » Cette philosophie traverse toute sa présentation. L’IA ne doit pas être utilisée pour « faire à la place », mais pour accélérer ce qui freine la créativité.

Des outils concrets au service du photographe

Christophe Jung déroule ensuite une série de démonstrations, alternant conseils techniques et exemples issus de son travail. Il montre les limites du moteur Firefly, intégré à Photoshop, dont la génération d’image plafonne à 2000 × 2000 pixels, et dévoile ses astuces : « Si vous avez besoin d’une plus grande surface, faites-le en plusieurs fois. » Il présente aussi des alternatives pour prolonger les capacités de Photoshop, comme Gemini (Google) pour la création d’images – cette introduction à nano banana sera l’occasion d’une distribution de bonbons en forme de bananes – ou Evoto, un logiciel de retouche beauté dopé à l’IA. Ce dernier, proche de Lightroom, reconnaît automatiquement les visages, ajuste les cernes, les reflets ou les rides en un glissement de curseur. « Là où une retouche prenait 45 minutes, on la fait en 30 secondes. » Mais la mise en garde est immédiate : « Il faut doser. Si vous mettez tout à 100 %, il ne reste plus rien de la personne. L’IA doit rester un outil, pas une arme. »

Gagner du temps sans perdre l’âme

Tout au long de la conférence, le photographe insiste sur la notion de workflow intelligent. « L’objectif n’est pas d’aller plus vite pour produire plus, mais d’aller plus vite pour produire mieux », insiste-t-il. Les logiciels de tri comme Aftershoot, ceux de retouche automatisée comme Evoto, ou encore les fonctions d’harmonisation et d’agrandissement génératif de Photoshop s’intègrent dans une logique de fluidité. Il évoque aussi les perspectives permises par le tri automatique intégré aux boîtiers connectés, la publication instantanée sur le cloud, ou encore les galeries livrées pendant un reportage. « Ce n’est plus de la science-fiction. L’idée, c’est de s’y préparer pour que la technologie reste notre alliée. »

Une pédagogie bienveillante

Le discours de Christophe Jung est résolument pédagogue et rassurant : « Ne subissez pas les outils, testez-les. Vous payez vos logiciels, alors prenez le temps de lire les mises à jour et de découvrir les nouveautés. » Il insiste sur le rôle de la formation continue et sur la responsabilité du photographe face à ses clients : « Ceux qui ne s’intéressent pas à ces outils risquent d’être dépassés… ou remplacés. » Mais l’enjeu n’est pas seulement technique. Derrière la démonstration se dessine la conviction que l’intelligence artificielle peut rendre le photographe plus disponible, plus réactif et plus à l’écoute : « Si je gagne deux heures de tri, je peux les passer à échanger avec mes clients, à préparer leurs séances, à améliorer mon service. C’est ça, l’intérêt du workflow intelligent. »

L'IA au quotidien

Pour clore la conférence, Christophe Jung revient sur son usage personnel des outils conversationnels comme ChatGPT : « Je l’utilise pour répondre à mes e-mails, planifier mes activités, ou même trouver des idées de publications. » L’assistance intelligente, selon lui, ne s’arrête pas à la post-production. Elle devient un partenaire d’organisation, un appui dans la gestion du métier. Et de conclure : « L’IA ne remplacera pas le photographe qui sait ce qu’il veut dire. En revanche, elle remplacera celui qui fait toujours la même chose. Alors autant l’adopter, la comprendre et la mettre à notre service. » Applaudissements. Le public est conquis.
Ordinateur portable affichant un visuel lié à l’intelligence artificielle