
De l'outil technique à la création générative
Des visions divergentes
Les positions de l’AFNUM (Alliance Française des Industries du Numérique) et de l’UPP (Union des Photographes Professionnels) illustrent deux approches. « Nos sociétés considèrent qu’elles sont dans leur bon droit. Elles recherchent un modèle économique », explique Philippe de Cuetos. L’entraînement des IA repose sur l’analyse de masses de données disponibles en ligne que l’exception européenne dite Text and Data Mining (TDM) a permis, en 2019, en autorisant la fouille de textes et d’images à des fins de recherche et d’innovation. Pour l’UPP, cette exception a été détournée : « Ils paient leurs salariés, leurs serveurs, leurs locaux… pourquoi pas les auteurs ? » interroge Stéphanie de Roquefeuil. L’enjeu est éthique et économique. Les œuvres des photographes constituent la matière première de ces systèmes, mais ces derniers ne sont ni reconnus ni rémunérés. L’Union des Photographes Professionnels plaide pour un mécanisme de compensation — inspiré du modèle de la copie privée — ou pour une négociation collective via les organismes de gestion de droits.
Vers un nouveau cadre
Les intervenants ont ensuite évoqué les pistes de régulation : transparence sur les données utilisées, droit d’opt-out pour les auteurs refusant que leurs œuvres soient moissonnées, et reconnaissance de la valeur qualitative des images. Philippe de Cuetos souligne : « Une photo en haute définition a plus de valeur qu’une image floue scrapée sur le web, tout comme le fait que les IA recherchent de l’originalité. Une œuvre artistique aura donc plus de valeur. » Ainsi, l’AFNUM estime que des bases de données de qualité seront indispensables aux IA pour maintenir leur performance. L’intérêt serait donc partagé entre créateurs et industriels. Mais pour l’UPP, la route reste longue : « Il faut inventer un modèle de rémunération adapté, et surtout permettre aux photographes de se structurer collectivement pour exister dans la négociation », complète Stéphanie de Roquefeuil.
Le débat sur la création et le réel

Des solutions techniques émergent
Philippe de Cuetos explique que les entreprises qu’il représente travaillent déjà à apporter une traçabilité des images et évoque le standard C2PA (Content Provenance and Authenticity), adopté par plusieurs acteurs comme Adobe : « Chaque photo pourrait embarquer une empreinte indélébile indiquant son origine, ses retouches, ou si elle a été générée par IA. » Une approche que les intervenants comparent à un « label bio » des images, destinée à restaurer la confiance dans les contenus authentiques. Après 50 minutes d’échanges, la parole est donnée au public. Les questions portent sur la possibilité pour une IA de « désapprendre » des œuvres déjà intégrées (impossible à ce jour), sur la difficulté de vérifier l’application du droit d’opt-out, ou encore sur la frontière floue entre une photo « bio » et une image partiellement retouchée par IA. Stéphanie de Roquefeuil rappelle alors l’importance de remplir soigneusement les notes de cession de droits, en mentionnant explicitement les usages autorisés, pour protéger la création à l’heure de l’automatisation.
Au terme de ce débat dense et courtois, les deux camps s’accordent sur un point : l’urgence d’encadrer sans freiner l’innovation. Car si l’AFNUM défend une approche pragmatique et internationale, et l’UPP insiste sur la reconnaissance de la valeur humaine et artistique, tous reconnaissent que la solution passera par le dialogue entre créateurs, institutions et industriels.
