Bogdan Konopka & Géraldine Lay

Bogdan Konopka & Géraldine Lay

Les contes du Nord

Dans le livre Bogdan Konopka, Un conte polonais, Christian Caujolle, pose la question du portrait, en photographie « complexe dès lorsqu’elle s’attache à explorer un territoire avec lequel, pour des raisons liées à notre propre histoire, à notre identité, à notre intimité, nous entretenons des relations souvent irrationnelles. Débarrassé de tout risque de séduction exotique, éloigné des facilités anecdotiques

qui surfent sur les apparences en toute superficialité, Bogdan Konopka qui se penche sur son propre pays entretient avec lui des sentiments exacerbés qui peuvent, dans les cas extrêmes, mener aussi bien à l’exil qu’au nationalisme. Parler de son pays d’origine c’est, forcément, parler aussi de soi. C’est dire ce qui fait que l’on éprouve une appartenance à un groupe forgé des hasards d’une naissance sur un territoire singulier et que l’on réagit à son histoire, quand on l’accepte aussi bien que quand on la refuse. Amour, haine, passion. Inéluctablement. ».

Né en 1953 sous le régime communiste, Bogdan Konopka sait qu’il appartient à la Pologne de l’après Shoah et il n’accepta jamais les mensonges officiels concernant cette période de l’histoire du pays. Arrivé en France en 1988, il est reconnu pour son travail sur les faces cachées des villes – Paris, Varsovie, Prague, Berlin, Zurich, Budapest, Pékin ou Shanghai… –, où son regard s’attache à nous livrer ce qu’il nomme lui-même « leur patrimoine du rien ». Il est représenté en France par la galerie Françoise Paviot.

Avec North End Géraldine Lay poursuit en Grande-Bretagne ses explorations urbaines sensibles et sa mise en question de l’humanité citadine. Sa méthode, c’est d’appréhender mentalement ses territoires avant de les photographier.

Elle en éprouve la lumière, l’atmosphère..., imprégnation, plus que repérage, qui instille une intimité au cœur même de l’anonymat.

Au fil des rues, des places, des corners banlieusards, des vies sont saisies dans le mystère de leur existence quotidienne... Comme le note l’écrivain irlandais Robert McLiam Wilson : « Des gens marchent et attendent. Ils parlent, boivent du café. Ils traversent des rues. Ils travaillent. Ils se déplacent. Ce sont des citoyens occupés à des choses citoyennes. Comme tous les citoyens, partout, ils sont multiples, variés, divers. Hommes, femmes, enfants. Ils sont aussi britanniques. Incroyablement britanniques. Ils ne pourraient pas être d’ailleurs ». À l’heure d’une universalité exponentiellement et irrémédiablement standardisée, les photographies de Géraldine Lay réaffirment tout à la fois la permanence des individualités singulières et la résistance des identités collectives.

Née en 1972, à Mâcon, France, Géraldine Lay vit et travaille à Arles.

Diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie, Géraldine Lay travaille aux éditions Actes Sud. Elle est représentée par la galerie Le Réverbère, à Lyon. Son travail se partage entre le nord de l’Europe (Failles ordinaires, North End) et en France (Impromptus, Où commence la scène). En 2016, elle commence un travail au Japon. Elle a été lauréate du programme Hors les murs, de l’Institut français.