Révéler l'oeuvre

Deux sessions distinctes des Grandes Rencontres, abordent l’importance des choix des auteurs qui s’affirme – pour faire oeuvre – avec des procédés de tirages exceptionnels comme le platine ou le cibachrome, mais aussi la notion d’encadrement et l’idée contemporaine de l’objet de collection.
Avec Olivier Culmann, Laurence Leblanc, Yan Morvan et Anthony Petiteau.

Le chemin, France 1997 © Olivier Culmann

Au Salon de la Photo la création est omniprésente car intrinsèquement liée aux technologies qui sont déployées dans ses halls. Elle y côtoie de nombreux événements culturels, des expositions et des institutions majeures. Multipliés entre pratiques traditionnels et modernes, comment les outils de création du Salon nous accompagnent t-ils pour matérialiser un travail photographique et ainsi faire oeuvre ?

Si nous parlons d’une oeuvre, comment la définir et préciser s’il s’agit du gros-oeuvre du bâtiment, de l’oeuvre d’art ou du chef-d’oeuvre ? Car avant de s’adresser aux artistes, la langue française du 18e siècle associait ce mot issu du latin ŏpĕra, à l’ouvrage d’un artisan du bâtiment ou la volonté du pouvoir. Au cours du 20e siècle, en devenant une oeuvre de l’esprit, le mot sera associé à un auteur, celui qui lui donne sa forme.

En photographie, le processus de création vers l’oeuvre peut invoquer l’alchimie. L’image n’est-elle pas issue de la magie, son anagramme ? De la prise de vue à l’exposition et la collection, l’image se transforme comme le métal de la transmutation. Optiques, chimiques ou numériques, les différents procédés enrichissent la photographie pour mieux révéler l’oeuvre.

Dans le laboratoire contemporain on trouve ces somptueux papiers qui font l’objet de développements informatiques avec l’impression pigmentaire pour mieux retrouver les bains révélateurs de l’histoire.

Verdun. Photo extraite du livre Champs de batailles, publié aux éditions Photosynthèse. © Yan Morvan

Alliage des procédés traditionnels et modernes

Cet hiver le Grand Palais est un écrin pour l’exposition Irving Penn, ses « petits métiers » parisiens de 1950, les objets du trottoir de New York de 1972 ou la robe de Christian Lacroix en 1995. Une magnifique idée pour les photographes contemporains. Grâce à quelques – trop rares – artisans à l’oeil et l’expérience exceptionnels, ils retrouvent l’éclat des tirages au platine-palladium en bénéficiant des apports de la technologie digitale. « L’image s’inscrit alors dans l’histoire ressent Jean-Pascal Laux qui réalise des tirages pour Yan Morvan et Jean-Claude Gautrand. La délicatesse dans la restitution des valeurs donne tout leur intérêt et leur prix… C’est un choix réalisé par un auteur qui donne son sens à la mise en oeuvre,car ses images deviennent inaltérables et précieuses.

En photographie couleur, Anthony Petiteau, responsable des collections de photographies au cabinet des dessins, des estampes et de la photographie du musée de l’Armée, a décidé d’intégrer au patrimoine national, un travail de Yan Morvan sous une forme précise choisie par le photographe. Les Champs de Bataille exposés à Arles l’année dernière ont été tirés sur cibachrome – un procédé historique devenu extrêmement rare. L’encadrement qui participe de l’oeuvre a également été réalisé avec une précision d’orfèvre par le laboratoire.
Avec une prise de conscience des procédés et des matières, le tirage maîtrisé par un auteur devient un objet qui fait oeuvre.

Les blousons noirs, 1974 © Yan Morvan

L’objet de collection

Le prix Niépce Gens d’images donne depuis peu, une occasion à ses lauréats de réaliser un objet. Cette oeuvre-objet peut aussi bien être un livre très particulier, un portfolio ou une boîte au contenu mystérieux. Ainsi Laurence Leblanc et Olivier Culmann ont chacun créé un objet unique, une oeuvre singulière. L’une, celle de Laurence se déroule comme la vie sur un visage et celle d’Olivier est à l’opposé énigmatique. Chacune parle autant au sens tactile qu’à l’imagination et l’émotion. Les artistes en conjuguant leurs images aux procédés et matières raffinées aux objets expérimentaux ouvrent un fantastique terrain d’expression, révélant de nouvelles facettes de la photographie.

D'ARGILE Cambodge 2013 © Laurence Leblanc