Salon de la photo

Les lauréats des Zooms CP+ Yokohama 2017

Zooms Japon 2017 Prix de l’Éditeur

Noriko Yamada : emission

Salon de la photo

Le concept de cette œuvre m’a été inspiré par ma mère avec qui je ne parvenais pas à communiquer.
Je me suis souvenue d’elle quand elle pleurait et ce fut la source de mon inspiration.
Je pense que tout le monde vit en se sacrifiant.
Et elle me le faisait ressentir intensément.
Elle pleurait en silence, semblait si fragile et pourtant, je voyais les restes d’une vitalité qui s’était consumée dans son corps et dans son cœur, se propager dans l’atmosphère.
J’ai retrouvé cette même sensation de calme et de fragilité en voyant la végétation le soir de la prise de vue.
Et c’est en projetant cette image que j’ai pris la photo de cette femme.
Les points lumineux ont été réalisés en copiant des photos percées à la main.
Et j’ai l’impression que le travail fourni et le temps passé à percer chaque photo n’étaient que des moyens de fuir la réalité de mon incapacité à confronter ma mère. Mais c’est durant ce temps que mes sentiments envers elle se sont développés.
Après avoir réalisé cette œuvre, je me suis mise à reproduire des photos de moi enfant et de ma mère durant sa jeunesse.
Je cherchais à travailler en ressentant l’existence de la photo en tant qu’objet.
Il m’arrive parfois de ressentir l’objet lui-même à travers sa photo.
Durant sa conception, j’ai pris la décision de communiquer à nouveau avec ma mère, et les messages et photos que nous avons échangés font maintenant l’objet d’un livre.
Depuis, le thème de la « mère » a évolué à celui de la « famille » et se retrouve dans mes créations actuelles.
Cette œuvre représente la nature de ma pensée à l’égard de ma mère.

Des photos mystérieuses habillées de grains de lumière

La végétation, les yeux, la bouche et le nez des sujets diffusent comme des grains de lumière. Mais de quoi s’agit-il ? Plus on cherche la vérité, plus le mystère s’épaissit.

Le titre « emission » signifie « diffusion » ou « radiation » de lumière ou de chaleur. L’objectif de la réalisation est tel que l’a défini sa créatrice. Dans des photos qui peuvent être créées en un instant, elle s’est mise à percer des trous, un à un, à la main. Chaque grain témoigne du temps qu’elle y a consacré. Chacun de ces innombrables trous représente, sans aucun doute, les pensées et désirs qu’elle n’a pas su transmettre à sa mère avec des mots. Mais sans remettre en question cette volonté, la combinaison de ces dix photos de végétation luisant dans l’obscurité, de portraits immergés semblant expirer un souffle de lumière, communique une force encore plus grande. « Que pensez-vous que cela représente ? » On peut se sentir ainsi interpellé.

J’ai été stupéfaite par la décision audacieuse d’aller au-delà de l’image qu’un appareil photo peut reproduire et du choix incontournable de la méthode appliquée. Au sein d’une époque saturée de photos, elle relève le défi d’une nouvelle forme d’expression. C’est une démarche audacieuse et pleine de promesses.

Noriko Yamada

  • Née en 1993, résidence: Préfecture d’Aichi
  • Diplômée de l’Université des Arts de Nagoya.
  • Conçoit des œuvres centrées sur la photographie.

 PHat PHOTO 
Rédactrice en Chef, Nahoko Ando

Zooms Japon 2017 Prix du Jury

Hisaya Katagami : Une journée, avec un parapluie

Salon de la photo

 

J’ai combiné des paysages avec des parapluies ou des personnes qui en portaient.

Et puis, au fur et à mesure de mes prises de vues, je me suis d’abord demandé ce qu’était le style japonais. J’ai alors pensé que le parapluie en était un symbole. Alors qu’actuellement les prises de vues d’instantanés deviennent de plus en plus difficiles, prendre du recul en introduisant un parapluie donne du style au plus banal des paysages. C’est ce que je recherche lors de mes prises de vues.

Je pense que l’humidité des jours pluie ainsi qu’un éclairage sans relief sont très japonais, ainsi que le fait de s’abriter sous un parapluie. Je fais en sorte de capturer les personnalités révélées par le port du parapluie, objet d’ordinaire encombrant mais nécessaire en cas de pluie. « Une journée, avec un parapluie. » est composé de photos ayant chacune sa propre histoire. Et j’aimerais que chaque visiteur imagine ces histoires à sa façon.

 

Le pouvoir magique de la « photo blanche »

L’idée du parapluie symbolisant le Japon à travers ses scènes nocturnes, urbaines et touristiques, et la force des compositions tenant également compte des saisons, sont extrêmement claires et concises. Cependant, plusieurs « photos blanches » semblent contredire cette volonté. De celles-ci semble émaner une beauté que seule une photo peut reproduire, faisant même douter de la nécessité de ce paysage nocturne si soigneusement rendu, ou de ce pont, que l’on peut qualifier de chef-d'œuvre. Le regard est invité dans un paysage qui semble familier, dans une agréable sensation de nostalgie et de déjà-vu. Des sensations paradoxales telles que le froid et la chaleur, l’humidité et la sécheresse ainsi que d’autres, difficiles à exprimer avec des mots simples, telles que la rêverie ou la pluie par beau temps, fusionnent dans ces photos.
On en vient alors à porter son regard au loin, et se demander alors ce que l’on faisait en un jour pareil.

Hisaya Katagami

  • Lieu de naissance et de résidence: Hiroshima
  • Réalise des œuvres principalement basées sur des instantanés tout en se consacrant à la photographie commerciale à Hiroshima.
  • Sélectionné en 2015 à la seconde édition de l’Exposition de Photos de Voyages dans le Monde.

http://www.hisayakatagami.com/

Nihon Camera
Rédacteur en Chef, Toshiaki Maeda

 

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